PiA�tonnier et concertation zappA�eA�: le retour de manivelle

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Durant les semaines qui ont prA�cA�dA� la mise en oeuvre du piA�tonnier, la Ville de Bruxelles a largement communiquA� sur la qualitA� de vie et la rA�appropriation de la��espace public par les Bruxellois. AprA?s bientA?t deux mois de phase-test, oA? en est-on et que nous rA�serve la suite ?

Article paru dans le nA� 277 de Bruxelles en Mouvement (Inter-Environnement Bruxelles)

MiracolyDans sa version estivale aux allures hybrides de plaine de jeux et da��aire de repos da��autoroute, le A� plus grand piA�tonnier da��Europe A� aura drainA�, depuis fin juin, un public assez large, souvent jeune et populaire, venu profiter des activitA�s rA�crA�atives et sportives qui ont agrA�mentA� les premiA?res semaines da��existence de la nouvelle attraction du centre-ville.

Depuis des semaines, mA�dias et rA�seaux sociaux relaient abondamment, da��une part, la��enthousiasme, sinon la��A�motion devant le spectacle de la��espace public rA�investi par les citoyens, attribuant bons points et coups de chapeau A� ces A�lus qui ont osA� A� Changer la Ville pour changer la vie A�. Une rA�volution des mentalitA�s est en marche : distribution de bonnets da��A?ne aux rA?leurs professionnels et autres rA�actionnaires aigris !

Mais les mA�dias et les rA�seaux sociaux relaient tout autant, sinon plus, photos et vidA�os aux allures de grosse gueule de bois (ou de lendemain de victoire des Diables rouges), sources da��interminables discussions sur la propretA� et la sA�curitA� du piA�tonnier.

Au-delA� de ces dA�bats enflammA�s, les questions de fond se fraient peu A� peu un chemin qui dA�passe largement la limite des 50 hectares du piA�tonnier lui-mA?mea��

A place to be or a place to live ?

Avant qua��il soit mis en oeuvre, plusieurs voix sa��A�taient A�levA�es, notamment via la Platform Pentagone, pour mettre en garde contre son cA?tA� A� attraction incontournable A� et ses probables effets pervers. Plus les jours passent, plus il se confirme qua��il sa��agit bien de crA�er A� a place to be A� plutA?t que de dA�velopper A� a place to live A�. A� tel point que, mA?me dans les rangs des plus enthousiastes dA�fenseurs des premiA?res heures du piA�tonnier, on commence A� se poser des questionsa��

Plus il y a da��A�vA�nements, mieux ca��est !

Il y eut da��abord les dA�clarations de Philippe Close sur la possible concurrence entre Bruxelles les Bains et le piA�tonnier : A� Je ne pense pas que cela fera double emploi. Nous avons fait le pari da��un Bruxelles qui na��arrA?te jamais et oA? il se passe tout le temps des choses. Plus il y a da��A�vA�nements, mieux ca��est ! La��idA�e, ca��est qua��il y ait toujours quelque chose A� faire A� Bruxelles A�. Ca��est bien connu, A� il se passe toujours quelque chose aux Galeries Lafayette A� et les chefs de rayons de la Ville de Bruxelles ne se sentent plus. La��apothA�ose de cette mutation sera sans conteste la��ouverture du futur Beer Palace, A� la��automne 2018. En octobre, diront les mauvaises languesa��

Zot Day

Ensuite, on nous annonA�a que le 16 septembre se tiendrait un nouvel A�vA�nement baptisA� le Zot Day, dA�diA� aux sports extrA?mes, au cours duquel les Red Bull X-Fighters et quatre pilotes de motocross freestyle dA�colleront A� plus de 10 mA?tres de hauteur sur une piste de 80 mA?tres de longueur. Diantre ! Du motocross sur un piA�tonnier et sponsorisA� par une marque de boisson A�nergisante aux propriA�tA�s contestA�es. La Ville na��y trouve rien A� redirea��

Privatisation de la��espace public et tourisme irresponsable

Par une belle journA�e de fin juillet, tout le quartier de la Bourse se mit A� trembler pour le plus grand plaisir des festivaliers de Tomorrrowland qui A� profitaient de leur pass pour goA�ter A� nos pils et A� nos frites A� … qua��ils A�taient les seuls A� pouvoir consommer grA?ce A� leur entrA�e. Ces early birds venus des quatre coins de la planA?te A� grand renfort de kA�rosA?ne furent mA?me qualifiA�s de leaders da��opinion par Philippe Close. VoilA� donc le tourisme irresponsable da��une jeunesse dorA�e A�levA� au rang da��opinion !

Et les rA�cents contrats signA�s avec des tour-operators chinois ne rassurent pas davantage : la Ville de Bruxelles fonce bille en tA?te sur la pente savonneuse da��un tourisme de masse et festif aux effets pervers nombreux et rapidement ingA�rables.

Ne pas dA�passer !

Dans la lignA�e de ce benchmarking, A� un jet de pierre du piA�tonnier, sur la place Sainte Catherine, on cause aussi A� espace public A� ! La Ville y a donnA� la��autorisation da��installer des terrasses de restaurants et fait supprimer les bancs publics : A� Des gens A�taient lA� toute la journA�e A� ne rien faire et A� boire, il fallait que A�a cesse. A� (Marion Lemesre).

La��A�chevine du Commerce renvoie ceux qui cherchent un terrain de jeu vers da��autres espaces tels le nouveau piA�tonnier. Jouer : ici. Sa��asseoir, lA�. DA�fense de ne pas consommer. VoilA� donc le projet de sociA�tA� supposA� A� Changer la Ville A� se muer en alibi parfait pour cloisonner ce que la��on peut (doit) faire, oA?, quand, comment.

Et demain ?

Na��en doutons pas, le sujet est loin da��A?tre clos et les positions, loin da��A?tre figA�es. Chaque jour, des lignes bougent et le retour de vacances les feront bouger encore : on na��a mA?me pas abordA� ici la question de la mobilitA�, de la dA�gradation de la��offre des transports en commun, des parkings,…

Mais chaque jour se prA�cise aussi ce qui est sans doute la source des fausses notes de ce projet : le manque de vA�ritable concertation en amont de sa mise en place. Yvan Mayeur a beau marteler qua��il y a eu plus de 150 rencontres a�� si tant est qua��elles aient vraiment eut lieu a�� ce qua��il en dA�crivait rA�cemment sur les ondes de la RTBF en dA�voile, en rA�alitA�, toute la faiblesse : A� Nous avons rencontrA� des comitA�s de quartier, par exemple, Saint-Jacques et Saint-GA�ry, leurs demandes sont totalement contradictoires.A�

Ce que le bourgmestre semble oublier, voire tout simplement ignorer, ca��est que la concertation, ce na��est pas rencontrer des citoyens ou des associations une par une, satisfaisant les uns, parce qua��ils cadrent dans le projet fantasmA� de la Ville, reconduisant poliment les autres, bredouilles, vers la sortie.

Ca��est, au contraire, tenter, par la discussion entre tous les acteurs concernA�s, dont les rA�alitA�s sont diffA�rentes mais pas forcA�ment inconciliables, de dA�finir des enjeux communs afin qua��une idA�e couchA�e sur papier devienne un rA�el A� projet de sociA�tA� A� et pour que A� Changer la Ville pour changer la vie A� ne reste pas que le slogan da��une campagne publicitaire bien orchestrA�e, fA�t-elle A�lectoralea��

Qui aura le courage de relever le gant avant qua��il ne soit trop tard pour rA�pondre A� cette question qui nous brA�le les lA?vres : Changer la ville, oui, mais pour qui ?

Bruxelles, le 7 aoA�t 2015
Isabelle Marchal, habitante de la Place du Nouveau MarchA� aux Grains,
membre de la Platform Pentagone