Petit brA�viaire de novlangue piA�tonnisante

image_pdfimage_print

MP2-640x238

Sous la��apparence sympathique de permettre A�A�aux citoyens de se rA�approprier la��espace publicA�A�, le piA�tonnier que de nombreux Bruxellois avaient appelA� de leurs vA�ux sa��est transformA� en projet de parc-A�-thA?mes flanquA� de sa A�A�route des parkingsA�A�.

Au fil des plans et annonces qui se succA?dent depuis plus da��un an, les desseins de la Ville de Bruxelles pour la naissance da��un A�A�nouveau cA�urA�A� urbain (A�A�BXL.HeartA�A�) se prA�cisent. Les boulevards centraux sont vouA�s A� devenir A�A�une succession de places et placettesA�A� avec da��un cA?tA�, la place De BrouckA?re redessinA�e en A�A�agoraA�A� (aussi appelA�e A�A�Times SquareA�A�) et de la��autre, la place Fontainas en A�A�jardinA�A�. Entre les deux : la��espace situA� devant la��actuel Centre administratif se mA�tamorphoserait en A�A�foyerA�A�, la place de la Bourse en A�A�thA�A?tre urbainA�A� et la��immeuble de la Bourse en A�A�New Beer TempleA�A�. Le ton est donnA� : dans la��auto-proclamA�e A�A�plus grande zone piA�tonne da��EuropeA�A�, ce sera A�A�Plaisirs da��HiverA�A� toute la��annA�e.

Les transports en commun seront dA�viA�s de cette A�A�zone confortA�A�, mais un petit train A�lectrique permettra aux touristes da��y circuler et des taxis de rejoindre le casino.

Pour parfaire ce plan de lutte contre A�A�la bronchiolite, premiA?re maladie infantile de notre Ville, dA�e au taux de pollution extrA?mement A�levA� dans notre VilleA�A�, le Mayeur et son CollA?ge veulent construire quatre nouveaux parkings souterrains sous des places historiques. Ils seront concA�dA�s pour une durA�e de 35 ans A� des investisseurs privA�s A� qui il incombera da��A�laborer et rA�aliser le rA�amA�nagement des espaces publics. A� ceux qui sa��A�tonnent de ce projet en contradiction avec la suroffre de places de stationnement dans le pA�rimA?tre et avec le Plan rA�gional de MobilitA� (qui vise A� rA�duire la��utilisation de la voiture individuelle de 20% A� la��horizon 2018), on rappellera que le Ministre rA�gional de la MobilitA� est aussi A�lu A� Bruxelles-Ville et qua��il dA�fend ces mesures nA�gociA�es entre les partis de la majoritA� communale. Rien da��A�tonnant donc A� ce que la RA�gion mette son stand au MIPIM de Cannes (le marchA� international de la promotion immobiliA?re) A� disposition de la Ville pour y promouvoir son projet, baptisA� pour la��occasion A�A�BXL.ParkA�A�.

Autour de la A�A�zone confortA�A� : une A�A�boucle de desserteA�A� automobile, prompte A� saturer des artA?res habitA�es et pour certaines dA�jA� complA?tement embouteillA�es aux heures de pointe. Si le Mayeur sa��offusque du vocable de A�A�mini-ringA�A�, son A�chevine de la MobilitA� na��hA�site pas, elle, A� parler de A�A�route des parkingsA�A�. Elle demande da��ailleurs A�A�aux gens qui na��ont pas de voitures da��A?tre solidaires avec ceux qui en ont uneA�A�, et prA�cise ainsi sa pensA�e : A�A�Nous essayons que les automobilistes qui pA�nA?trent dans le Pentagone A�vitent au maximum les quartiers rA�sidentielsA�A�. Les habitants du Pentagone, eux, peuvent subir la A�A�zone da��inconfortA�A� et sa pollution automobilea��

Mini-ring, parkingsa�� et bling-bling

La��A�chevine des Affaires A�conomiques, elle, voit ces parkings comme la��opportunitA� da��accroA�tre A�A�la��attractivitA� des logements, avec pour consA�quence A�ventuelle la��arrivA�e da��habitants A� meilleure capacitA� contributiveA�A�, et le piA�tonnier comme A�A�un plan de redA�ploiement A�conomiqueA�A� permettant de A�A�booster le cA�ur de villeA�A�. Au programme : A�tendre la��autorisation da��ouverture dominicale des commerces, A�A�upgrader la��offre commercialeA�A� en attirant A�A�des enseignes de qualitA�A�A� et en dA�courageant A�A�le bas de gammeA�A� a�� ce qui sera fait notamment par le non renouvellement de certains baux commerciaux de rez-de-chaussA�es appartenant A� la Ville, ou encore par la��interdiction de mener une activitA� horeca A� certains endroitsa��

La Ville veut agir, car les commerces du centre-ville sont menacA�s par Neo, ce vaste projet de transformation du plateau du Heysel en centre da��affaires, de loisirs et de commerce, qui a A�tA� initiA�a�� par la Ville, sous forme da��un partenariat public-privA� des plus opaques. La��avA?nement de Neo, avec son centre commercial de 70.000 m2, ses bureaux et ses parkings, se solderait par une perte de clientA?le de 23% pour les commerces du centre. Ca��est du moins le rA�sultat da��une A�tude commanditA�e par la Ville A� un consultant privA� spA�cialisA� dans le A�A�geomarketingA�A�a�� qui a aussi travaillA� pour Neo.

La��A�chevine des Affaires A�conomiques, opposA�e A� Neo lorsqua��elle siA�geait dans la��opposition, le dA�fend aujourda��hui A�A�par cohA�rence politiqueA�A�. GA?nA�e aux entournures, elle veut A�viter de construire A�A�un succA?s qui se baserait sur la��effondrement du cA�ur de villeA�A�. RemA?de prA�conisA� : spA�cialiser les A�A�noyaux commerciauxA�A� en leur donnant de A�A�nouvelles identitA�sA�A�. Ainsi, la rue Neuve deviendrait la A�A�High street belge nA�1a�? attirant notamment A�A�des concepts de magasins vouA�s A� une marque (ex. : Disney)A�A� ; la place De BrouckA?re un A�A�cA�ur crA�atif moderne da��interconnexionA�A� avec A�A�pop up store permanent axA� sur les innovationsA�A�, A�A�bornes de rA�alitA�s augmentA�esA�A� et A�A�logements pour classe crA�ativeA�A� ; le boulevard Adolphe Max jouerait la carte da��une A�A�offre haut de gamme en lien avec la clientA?le des touristes/congressistesA�A� ; le boulevard Anspach accueillerait A�A�des commerces da��achats da��impulsionsA�A�, etc.

Adieu simples troquets, artisans, bouquinistes, A�piceries, pharmacies, night-shops et autres commerces de proximitA� ? Place au A�A�centre commercial en plein airA�A� ? Ceux qui craignaient une A�A�disneylandificationA�A� du centre-ville ne croyaient pas si bien dire.

Un Mayeur A�A�qui oseA�A�

DerriA?re la��affirmation martelA�e en boucle qua��il faut avoir A�A�une visionA�A� et A�A�des ambitionsA�A� pour la ville, et que celles-ci doivent A�A�profiter en premier lieu aux habitantsA�A�, la A�A�cohA�renceA�A� qui A�merge des plans de la Ville est plutA?t celle da��un urbanisme dA�terminA� par le tourisme et le A�A�benchmark internationalA�A�.

Le CollA?ge peine ainsi A� justifier que ses plans na��aient fait la��objet da��aucune A�tude da��incidences ni enquA?te publique, qua��ils soient si peu concertA�s avec ses services administratifs et contradictoires avec da��autres plans de la Ville encore en cours da��exA�cution comme certains Contrats de quartier. Quant au A�A�processus participatifA�A� mis en place, il se contente A�A�da��informer pour garantir la��adhA�sionA�A� des habitants.

A�A�Je sais que ce plan fait peur. Ca��est normal, parce que ca��est nouveau et quand ca��est nouveau, A�a fait peurA�A�, rA�pA?te A� la��envi la��A�chevine de la MobilitA� pour expliquer les nombreuses critiques auxquelles elle doit faire face. Mais en fait de A�A�modernitA�A�A� et da��A�A�innovationA�A�, le systA?me qui permet la��A�closion de ces projets est une banale rA�plique du modA?le de gouvernance nA�o-libA�rale, promu au rang da��horizon indA�passable de la dA�mocratie locale.

Lorsqua��on y regarde de plus prA?s, ce systA?me a aussi quelque chose de moyenA?geux. Il faut assister A� un Conseil communal A� Bruxelles-Ville pour observer A� quel point le Mayeur et ses A�chevins, assis dans leurs fauteuils cossus sous les lambris dorA�s de la salle du Conseil, mA�prisent tout questionnement ou critique A�mis envers leurs projets. A�A�Le pouvoir, ca��est de ne pas partager toute la��information et de la garder pour soiA�A�, dit le Mayeur en rA�ponse A� une question da��A�lus de la��oppositiona��A�A�lus auxquels il arrive de ne recevoir la��ordre du jour complet da��un Conseil communal que quelques jours avant sa tenue, voire des documents juridiques importants et complexes le jour-mA?me de leur mise au vote.

Il faut le voir pour le croire. Voir le Mayeur brandir le rA�sultat da��une A�tude confiA�e A� un bureau privA� qui na��a de A�A�participativeA�A� que le nom, et affirmer, sous le feu des critiques, qua��il bA�nA�ficie da��un large soutien de la population. Voir les membres de sa Cour gloser sur les questions des conseillers communaux, qua��ils A�coutent A� peine, trop occupA�s qua��ils sont A� surfer sur leur Smartphone ou A� ricaner entre eux. Les voir A�vacuer les questions gA?nantes sans y rA�pondre, tout en prA�tendant y avoir A�A�dA�jA� rA�ponduA�A�, ou prA�tendre que des A�tudes sont publiques alors qua��elles sont secrA?tesa�� voire inexistantes. Voir encore le Mayeur crier sur les citoyens mA�contents, confinA�s dans un minuscule espace au fond de la salle, qua��ils ont juste le droit de se taire, A�A�de se prA�senter aux A�lections, da��A?tre candidats, da��A?tre A�lus et da��ensuite sa��exprimerA�A� ! Une phrase cocasse pour un Bourgmestre non A�lu. Car ce mandataire peu populaire ne doit sa nomination qua��A� sa soif de pouvoir et au stratagA?me de son parti qui la��a hissA� dans ce fauteuil A� la place de son prA�dA�cesseur, jugA� trop vieux, en A�change da��une retraite dorA�e. Ce dernier a A�tA� recasA� aux manettes dea�� Neo.

GwenaA�l BreA�s

Article paru dans le nA�19 de A� Kairos, journal antiproductiviste pour une sociA�tA� dA�cente A�.