Parking 58 – Permis recalé et confirmation : INTERPARKING n’aime pas communiquer ses chiffres…

Le 3 mars 2015, le Comité de défense des habitants de Bruxelles-centre (Comitebru 1000), membre de la Platform Pentagone, avait introduit un recours auprès du Collège d’Environnement contre le permis d’environnement octroyé par l’IBGE pour, notamment, l’exploitation d’un parking couvert de 847  emplacements pour véhicules motorisés.

Principale argumentation : « L’étude d’incidences n’a pas tenu compte du projet de la Ville de Bruxelles d’aménager une zone piétonne et un « mini-ring » à proximité immédiate ».

 

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Le Collège  d’Environnement a suivi cette argumentation et a refusé d’octroyer le permis d’environnement.

 « La Commission demande plus d’informations pour étayer la nécessité de construire de nouveaux parkings. Par exemple, quel est le taux d’occupation des parkings existants, ou comment a été évalué le besoin en parkings dans les quartiers retenus (inventaire) ? Une telle option est-elle compatible avec les objectifs de réduction du trafic automobile ?

La Commission demande d’étudier l’impact des nouveaux parkings sur la circulation dans le Centre, notamment pour s’assurer qu’ils participent à la diminution de la pression du trafic automobile prévue par Iris 2. »

Bravo, donc, au Comité Bru100, pour sa détermination et sa vigilance ! Rappelons que ce comité de quartier a pour but « toute action relative à la défense de la cité, des habitants, de leurs droits à des équipements de toute nature et indispensables à la qualité de vie à Bruxelles et plus spécialement au centre ».

Mission accomplie !

Mais un autre volet de ce dossier mérite également toute notre attention : la société INTERPARKING avait, elle aussi, déposé un recours contre ce permis, pour une tout autre raison nettement moins en rapport avec la défense de la cité et de ses habitants. Qu’on en juge :

• 2.2. Le second recours a été introduit par la s.a. INTERPARKING le 9 mars 2015. La requérante détient un bail emphytéotique sur la partie de l’actuel immeuble consacrée au parking.

• 2.3. Le recours est exclusivement dirigé contre deux conditions particulières du permis d’environnement :
– celle qui oblige la requérante à fournir annuellement un histogramme des mouvements (entrées et sorties) au sein du parking durant une semaine, ainsi que l’occupation du parking par heure, durant une semaine, dans les deux cas hors vacances scolaires et périodes de solde (article 4, A, 2) ;

– celle qui empêche la requérante de réserver aucun des 648 emplacements publics (article 4, B, 9).

De tout évidence, la société INTERPARKING n’aime pas rendre des comptes. La conclusion du Collège d’Environnement est édifiante :

4.2.2. Durant l’instruction de la demande de permis d’environnement, le 4 décembre 2013, l’IBGE a adressé un courrier à la demanderesse précisant que : « il apparait que l’exploitant actuel du site, à savoir la s.a. INTERPARKING, ne veut communiquer des informations essentielles quant à la gestion actuelle du parking public (histogramme du pic de fréquentation, gestion du parking public, . et ce malgré les demandes répétées du chargé d’étude (d’incidences)
(…)
Elle n’a pas non plus justifié en quoi les données sollicitées étaient « commercialement sensibles » pour la s.a. INTERPARKING. Lors des auditions, le Collège d’environnement a sollicité plus de précisions de la part de la s.a. INTERPARKING, qui s’est à nouveau retranchée derrière le secret d’affaires, sans plus de justification.’
Ce manque de données a obligé le chargé d’études à procéder par extrapolations et à réaliser des comptages d’ampleur limitée, dans le seul Parking 58. Ce manque de données a, notamment, privé le chargé d’étude d’une vision précise de l’utilisation du parking par les abonnés et de la répartition de ces abonnés entre résidents locaux et travailleurs.
(…)
Une étude de l’incidence du plan de mobilité du Pentagone sur les besoins de stationnement public aurait permis au Collège d’environnement de s’assurer de l’adéquation du nombre d’emplacements de parking prévu dans le projet « Centre 58 » (..).

Cette étude est d’autant plus nécessaire que la dernière étude en date, celle du 30 avril 2010 réalisée avec TRANSIT EC et portant sur le plan communal de mobilité de la Ville de Bruxelles d’alors, concluait à un faible taux d’occupation des parkings publics et à la disponibilité d’un très grand nombre de places de stationnement. »

A la lecture de tout ceci, on ne peut s’empêcher de constater que la Ville n’a visiblement aucun problème ni aucune sorte d’état d’âme à s’engager, pour 35 ans et dans le cadre de la construction de quatre nouveaux parkings, avec des partenaires qui refusent de communiquer des données pourtant essentielles à l’évaluation objective de la pertinence – ou non – de tel projet, ici le parking 58, ou de tel autre, (les parkings liés à son piétonnier assorti d’un miniring). La seule chose que la Ville se soit contentée de faire à ce jour, c’est de s’enquérir, en amont (mars 2013, lors du MIPIM, Salon international de l’Immobilier, à Cannes) de l’intérêt de ces sociétés à construire les nouveaux parkings… C’est normal!  (Els Ampe).

Des négociations « informelles » et des déclarations bien inquiétantes, en terme de démocratie…

Il est vrai que la phrase « INTERPARKING s’est à nouveau retranchée derrière le secret d’affaires, sans plus de justification.» n’est pas sans rappeler celle, prononcée par Yvan Mayeur, lors du Conseil communal 23 février 2015, lorsqu’il répondait à la question sur les conséquences éventuelles du recours déposé au Conseil d’Etat contre le plan de circulation :

« Le pouvoir, c’est de ne pas partager toute l’information et de la garder pour soi »

Il est vrai aussi qu’il parlait de « pouvoir » et non de « démocratie ». La nuance est de taille !

 Isabelle Marchal

Platform PentagoneLa PétitionLa Charte




La genèse d’Interparking

Petits faits de culture urbanistique bruxelloise
Par Patrick Wouters

POURQUOI LE PARKING 58 A-T-IL ETE CONSTRUIT A CET ENDROIT ?

Le Parking 58 a été construit sur un terrain communal, résultant de la démolition des Halles Centrales, édifice de fer et de verre construit en 1872-74, en même temps que la Bourse, lors du voûtement de la Senne.

Le 21 février 1955, l’échevin des Travaux Publics de la Ville de Bruxelles, Paul Vanden Boeynants, propose au Conseil Communal de donner en concession la partie Nord des Halles Centrales, ou éventuellement son terrain seul, pour y édifier un grand garage-parking.

La concession fut adjugée à une première société, qui se désista. VDB en parla à l’entrepreneur Armand Blaton, qui évoqua le sujet avec Claude De Clercq (le patron de ce qui deviendra Interparking), et c’est ainsi que Claude De Clercq décida de construire le Parking 58 avec les Blaton. Peu après, Charly De Pauw (le patron de ce qui deviendra le Consortium des Parkings / Compagnie de Promotion) rejoignit l’affaire. Le terrain fut concédé par la Ville de Bruxelles sous la forme d’un bail emphytéotique1.

Mais pourquoi ce parking à cet endroit-là ?

La Ville de Bruxelles chargea en 1955 le groupe d’urbanistes Tekhné d’établir le plan directeur pour le pentagone. Ce bureau d’études s’était fait connaître par ses plans de villes nouvelles au Congo, villes faites de zones mono-fonctionnelles, avec beaucoup d’attention accordée à l’automobilité.

Le plan Tekhné, terminé en 1962, prévoyait de remodeler le réseau routier de la Ville en établissant autour du centre historique une ceinture intérieure doublée d’aires de stationnement et communiquant avec des voies de pénétration en étoile. Le concept global était susceptible d’être réalisé progressivement. A la place De Brouckère se situerait l’« échangeur de circulation n°1 ». Et voilà pourquoi VDB, qui connaissait le plan (non encore rendu public), avait attiré l’attention d’Armand Blaton sur l’opportunité.

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L’éloge funèbre de VDB, prononcé au Sénat le 18 janvier 2001, comporte, cachés au milieu des louanges habituelles, ces passages révélateurs : Dans cette Belgique en pleine expansion économique après l’Exposition universelle, Paul Vanden Boeynants démontrera partout et toujours ses extraordinaires talents de manager, chez qui s’estompera progressivement la distinction nécessaire entre la politique et les affaires dont il estime qu’elles pouvaient s’épauler mutuellement.

[…]

Le dynamique chef d’entreprise introduit dans le monde politique un style nouveau, importé des États-Unis, pour lesquels il avait une véritable fascination et où il avait étudié les techniques de communication et les campagnes électorales.

[…]

Sa vision politique était résolument moderniste. Cependant, sa fascination pour l’Amérique n’eut pas toujours, dans le domaine de l’urbanisme à Bruxelles, les résultats les plus heureux.

VDB et Tekhné tenaient le raisonnement suivant :

  1. la ville n’a d’avenir que si son commerce prospère ;
  2. ce commerce ne peut prospérer que s’il est accessible ;

—  attention, c’est ici que le raisonnement dérape —

  1. donc, certaines rues doivent êtres libérées du trafic automobile pour les rendre piétonnes et agréables aux commerces riverains alors que d’autres rues doivent être mises à sens unique (et donc devenir roulantes) pour accéder aux rues agréables ;
  2. et pour cela il est nécessaire de construire de nombreux parkings le long des rues roulantes transformées en petit ring2.

Ce raisonnement a conduit nos centres urbains à un infarctus de la mobilité.

Il est pourtant appliqué aujourd’hui, avec beaucoup de détermination, par l’actuelle échevine de la mobilité de la Ville de Bruxelles, Mme Els Ampe, dans son nouveau plan de circulation.

Elle a écrit un petit article sur le courage et l’audace dans le numéro de décembre du VRIJE BRUSSELAAR, le journal trimestriel de son parti.

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Je dirais que le courage et l’audace sont de belles qualités, parfaites pour foncer dans le mur quand il y manque la réflexion.

La (mauvaise) histoire se répète.

Mme Ampe doit revoir complètement son plan de « mobilité » et accorder toute son attention au réseau de transport en commun (trams, bus) dans le pentagone si elle veut vraiment assurer un avenir viable à Bruxelles.

Sources :

http://nl.wikipedia.org/wiki/Centrale_Hallen
http://nl.wikipedia.org/wiki/Charly_De_Pauw
http://www.dhnet.be/actu/societe/rencontre-exclusive-avec-le-roi-belge-des-parkings-51b7bd6ae4b0de6db98b0ef8

  • Bulletins Communaux de la Ville de Bruxelles, années 1955 -1965.
  • De Waarachtige Vervalsers, Joris SLEEBUS, brochure-guide éditée par Erfgoedcel VGC et Brukselbinnenstebuiten, 2010, p 51 et 54-55.
  • Article Évolution du centre urbain, Jo BRAEKEN, in Le Patrimoine monumental de Belgique, volume 1A Bruxelles, éditions Mardaga, 1989, p. XXXV.
  • Revue Habiter, n° 36, 1966, pages 4 à 19.

1 Un bail emphytéotique est un bail de très longue durée (jusqu’à 99 ans), qui confère au locataire du terrain la quasi-propriété, à charge pour lui d’y construire et de payer un loyer modique. A la fin du bail, le bâtiment construit revient au bailleur, sans que ce dernier n’ait à indemniser le locataire.

2 Ce petit ring ne fut que partiellement réalisé (mise à sens unique des rues du Fossé aux Loups, des Augustins dans un sens, des rues de l’Évêque et d’Arenberg dans l’autre), toutes rues élargies à l’occasion de la construction du Centre Administratif de la Ville de Bruxelles et du Building Philips.

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Article lié : Interparking aujourd’hui




Interparking aujourd’hui

Sur les 34 parkings dits « publics » (comprendre par là : privés et payants) situés dans le Pentagone, 17 sont gérés par Interparking, une société qui entretient, depuis sa création, des liens privilégiés avec la Ville de Bruxelles.
Voir à ce sujet l’historique de Patrick Wouters

happyLa carte de voeux 2015, sur le site d’Interparking

De ses débuts à nos jours, l’histoire d’Interparking n’est qu’une longue succession de changements de noms ou de mains, de fusions, de reprises, de recapitalisations et/ou de cessions de participations,… propres à donner le vertige aux contrôleurs du fisc et aux imprimeurs des annexes du Moniteur !

Qu’en est-il aujourd’hui ?

Filiale à 90% de la société AG Real Estate, Interparking vit un nouveau tournant en juillet 2014, avec la vente de 39% des actions d’ AG Real Estate à l’Office d’Investissement du Régime de Pensions du Canada.

Cette opération contribue à l’enveloppe financière dont nous disposons pour étendre davantage notre portefeuille immobilier et que nous déploierons progressivement dans nos marchés cibles et au travers de nouveaux partenariats », commente Serge Fautré, CEO d’AG Real Estate. (…) Interparking correspond à notre portefeuille de placements en infrastructures et notre horizon de placement à particulièrement long terme. 

En parlant de ce « portefeuille immobilier », Serge Fautré, CEO d’AG Real Estate (et vice-Président d’Interparking), accordait, en 2013, une interview au magazine Trends, à l’occasion du MIPIM, le salon international de l’immobilier d’entreprise qui a lieu au mois de mars de chaque année à Cannes, sur sa célèbre Croisette.

894861Photo © Belga

Morceaux choisis de l’article « Nous avons un milliards d’euros à investir »

TRENDS-TENDANCES. Qu’avez-vous envie de faire passer comme message à la veille du Mipim, où acteurs publics et privés belges et internationaux vont se croiser par milliers ?

SERGE FAUTRÉ. Il y a un besoin urgent de concertation entre acteurs publics et privés bruxellois. On peut le faire de manière programmée et structurée, dans le cadre de PPP (partenariat public-privé) ou de procédures de permis classiques. Mais on doit également provoquer cette concertation de manière plus informelle et récurrente.

On se rappelle, à ce sujet, les déclarations d’Els Ampe , lors de la rencontre du 9 décembre 2014, à l’Hôtel de Ville :

« J’ai demandé aux sociétés privées, de manière informelle : Est-ce que vous seriez intéressées ; j’ai posé la question à 20 sociétés de parking et sur les 20 sociétés, il y en avait beaucoup qui étaient intéressées. (…) Il faut quand même d’abord voir si il y a de l’intérêt avant de lancer le dossier, c’est normal… » (écouter l’enregistrement)

Interrogée sur l’identité de ces « 20 sociétés » de parking avec lesquelles elle dit avoir eu des contacts « de manière informelle », l’échevine de la Mobilité répond qu’elle ne se souvient pas de tous les noms mais renvoie à la liste des participants, tiens, du MIPIM 2013, où elle était elle-même présente…

Un plus loin, dans l’article du Trends, Serge Fautré ajoute :

Pour notre filiale internationale Interparking plus précisément, c’est aussi une chance unique de découvrir de nouveaux projets immobiliers commerciaux en Europe et d’agir en amont sur le volet « parking ».

En amont de projets immobiliers commerciaux : tout un programme…

Comment voyez-vous votre filiale internationale Interparking progresser sur les marchés étrangers ?

Un effectif de 2.000 personnes, 290.000 places de parking réparties sur neuf pays, cela se mérite et cela se gère activement. Nous avons d’ailleurs été à deux doigts de perdre cette pépite du portefeuille quand la banque a failli tomber en faillite et qu’il a fallu renflouer les caisses avec les actifs « maison ».

En effet, on s’en souvient : le contribuable avait activement contribué à ce renflouement…

Terminons ce rapide tour d’horizon par un article du Soir, d’octobre 2010, intitulé « AG Real Estate tient le cœur de Bruxelles entre ses mains »

Nous tâchons d’avoir une vision globale du centre de Bruxelles, rapporte Alain De Coster, à la tête de l’activité de développement d’AG Real Estate. Il s’agit de notre berceau historique. Vous savez, les assurances AG y sont présentes depuis 1824. » (…)

A l’échelle de la Belgique, un géant immobilier, pesant en 2009 quelque 3,8 milliards d’euros. Avec des projets plein les cartons. Et une solide force de frappe : une capacité d’investissement de 450 millions d’euros par an, répartie entre le département « asset management », la gestion de parkings via Interparking et l’activité de développement. »

 

Juste une question…
Et les citoyens, dans tout ça ?

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Conseil communal du 1er décembre 2014 où 250 personnes étaient présentes
(à l’extérieur de la salle, trop exigüe) pour protester contre les parkings