Parking place Rouppe : il revient, une étude « historique » à la clé…

Une étude historique d’une faible rigueur scientifique

PROJET DE PARKING PLACE ROUPPE

PÉTITION
COMMUNIQUÉ DE PRESSE DU 2 JUILLET 2018

En juin 2017, une demande de permis pour la construction d’un ensemble de 116 logements étudiants et d’un parking public de 200 places était soumise à l’enquête publique. Situé place Rouppe 4 – rue Van Helmont 53-55, le projet avait été contesté1 non seulement pour le parking et ses effets d’aspiration du trafic mais aussi car il prévoyait la démolition de la maison néoclassique du n°4 de la place Rouppe (son maintien « contraignant » le projet de parking).

Dans son avis du 5 juillet 2017, la commission de concertation avait émis comme condition de « maintenir la maison sise place Rouppe, 4 à l’exception des annexes ; ». Cette condition n’a pas dû plaire au promoteur puisqu’il a introduit une nouvelle demande de permis (la commission de concertation aura lieu ce mardi 3 juillet), identique à la première, demandant, à nouveau, la démolition de la maison. C’est que le promoteur a entretemps commandé une « étude historique » pour le moins complaisante justifiant, de son point de vue, la démolition.

 Or, cette « étude historique » présente une faible rigueur scientifique et une profonde  subjectivité : les jugements de valeurs qu’elle contient n’engagent que son auteure.

Le principal problème de cette étude est son incapacité à identifier la valeur d’ensemble du patrimoine de la place Rouppe. Affirmer que, du fait de sa non planification, on ne peut parler d’ensemble architectural néoclassique est une contre-vérité ou une erreur manifeste. Si on suivait son raisonnement, on ne pourrait parler d’un ensemble pour la Grand Place…

Le tableau de valeur sur lequel l’auteure base son jugement final est extrêmement subjectif et ne présente pas le point de vue neutre d’un « expert ». La méthode d’évaluation, non référencée, laisse l’auteure libre de sous-estimer certains facteurs.

 La maison, qui s’inscrit dans l’ensemble architectural néoclassique de la place Rouppe, mérite certainement d’être rénovée et restaurée. C’est ce que préconise notamment la Cellule Patrimoine historique de la Ville de Bruxelles qui, dans un avis rendu suite à une visite de la maison le 24 septembre 20102, contredit l’« étude historique » commandée par le promoteur.

En effet, cet avis conclut qu’« une démolition ne se justifie pas car l’immeuble est un témoin important de la première phase de construction de la place Rouppe. De plus, le très grand intérêt de la cage d’escalier justifie la préservation et la mise en valeur de cet immeuble. »

La demande de démolition de la maison néoclassique est d’autant moins justifiée qu’elle ne s’explique que par le projet de parking. Faut-il préciser que les parkings agissent comme de véritables aspirateurs de trafic ? Le rapport d’incidences accompagnant la demande de permis évalue ainsi l’augmentation du trafic à 100 véhicules par heure à la pointe du soir… Tout cela en bordure de piétonnier ! La Ville de Bruxelles et les administrations régionales siégeant en commission de concertation ne peuvent ignorer les effets néfastes pour les habitants d’un trafic automobile dopé par la présence d’un parking.

En conclusion, La Platform Pentagone demandent à la commission de concertation d’exiger, comme en juillet 2017, le maintien de la maison néoclassique et de refuser la création du parking public.

Habitants et associations veulent une ville humaine et durable, ce qui implique la valorisation du patrimoine et la diminution drastique de la pression automobile. Tout le contraire de ce que propose ce projet…

La Platform Pentagone rappelle son opposition
à tout nouveau parking public dans le centre-ville

NON à la démolition du patrimoine
pour faire place à un parking qui asphyxierait le quartier !

PÉTITION

© Photo : Etude historique Lori Mahmourian




Place Rouppe : La Platform Pentagone rappelle son opposition à tout nouveau parking public dans le centre-ville

Les parkings, Comme Chez Soi dans le Pentagone apaisé ?


Décembre 2014 – Affiche contre le projet de parking souterrain sous la place Rouppe

Alors qu’on pouvait penser les projets de nouveaux parkings publics dans le Pentagone définitivement enterrés, notamment après les déclarations de l’ex bourgmestre Yvan Mayeur en 2016 (faisant suite à l’importante mobilisation citoyenne contre le projet de parking place du Jeu de Balle), voilà que (re)surgit une demande de permis pour un parking de 200 places à l’angle de la place Rouppe et de la rue Van Hellemont.

Ce projet de parking, développé par un promoteur privé (Rouppe Property 1 S.P.R.L.), prendrait place sous des immeubles de logements étudiants qui seraient construits sur une dent creuse du quartier. L’exploitation du parking serait confiée à la société Q-Park, déjà gestionnaire de plusieurs parkings publics à Bruxelles. La grande majorité des emplacements (180 sur 200) serait destinée à une occupation rotative (typiquement à destination des clients des commerces).

La Platform Pentagone s’est, dès sa constitution, opposée aux plan de circulation de la Ville pour le Pentagone ; la création de 4 nouveaux parkings (et l’extension d’un cinquième), alimentés par le miniring, ne pouvant qu’engendrer un trafic automobile insupportable pour les habitants et les commerçants des quartiers situés « aux marges » du piétonnier.

Ces projets de parkings étant d’autant plus absurdes que l’offre de stationnement public dans le Pentagone est surabondante et à mille lieues d’être saturée. Cette situation doit être actée par la Ville de Bruxelles, en collaboration avec l’Agence régionale bruxelloise du stationnement, afin de permettre de confronter les projets de parkings aux objectifs régionaux de limitation du nombre global d’emplacements.

Plusieurs quartiers, principalement à l’ouest du Pentagone, subissent déjà d’importantes nuisances (bruit, pollution) dues à l’accroissement du trafic automobile et de la congestion causé par le plan de circulation de la Ville. Quand on sait l’effet d’aspiration du trafic qu’ont les parkings, les habitants du quartier Rouppe peuvent légitimement craindre pour leur qualité de vie si le projet devait être accepté. Le rapport d’incidences qui accompagne la demande de permis évalue ainsi l’augmentation du trafic à 100 véhicules par heure à la pointe du soir : les habitants des rues de Tournai, Van Hellemont et Philippe de Champagne seraient les plus impactés. Pour les habitants de la rue Philippe de Champagne il s’agirait même d’une « double peine » puisque cette artère a déjà subi une « dépiétonnisation » dans le cadre du plan de circulation…

La Ville de Bruxelles ne peut ignorer les effets néfastes de la création d’emplacements de parkings supplémentaires. Si elle n’est pas officiellement à l’initiative du projet, la Ville le soutient, comme le souligne le rapport d’incidences : « Il n’y a pas de convention liant le Demandeur à la Ville de Bruxelles. La Ville a néanmoins été informée du projet et le soutient. Elle en a tenu compte lors de l’abandon du projet de parking sous la place. » La Ville de Bruxelles voit en effet dans ce projet, développé par un promoteur privé en-dehors de l’espace public, « une alternative au projet de construction d’un parking sous la place qui avait suscité en son temps une vive opposition des riverains en raison des perturbations qui seraient engendrées par son creusement sous un espace public. » (annexe 01 du rapport d’incidences, p. 1).

C’est oublier que l’opposition des riverains et des associations ne se limitait pas aux nuisances du chantier mais aussi, et surtout, aux nuisances d’un trafic automobile « dopé » par la présence d’un parking !

La Platform Pentagone demande donc que ce projet de parking soit refusé par la commission de concertation et que la Ville de Bruxelles élabore un plan de mobilité sans miniring ni nouveau parking, en suivant les procédures : étude des incidences et enquête publique. La mobilité vers et dans le centre-ville (de même que dans l’ensemble de la Région) doit donner la priorité aux piétons, cyclistes et usagers des transports en commun. Construire un nouveau parking (qui plus est à 250m seulement de la station Anneessens desservie par deux lignes de tram très performantes…) irait à l’encontre de cet objectif pourtant inscrit noir sur blanc dans les intentions de la Ville de Bruxelles.

Si l’objectif de la Ville de Bruxelles est bien d’améliorer la qualité de l’air, d’agir pour le renforcement du logement abordable et de la qualité de vie, alors il faut agir avec cohérence.

 

 




Le parti d’en rire…

Détournements d’images, dessins originaux, textes satiriques…

Rendez-vous sur la page HUMOUR de la Platform Pentagone.

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Le piétonnier le plus paradoxal d’Europe

PLATFORM PENTAGONE – COMMUNIQUÉ DE PRESSE 

Ce 29 février, au terme de la phase-test du plan de circulation, les indicateurs retenus par la Ville de Bruxelles pour son évaluation restent inconnus du public. Les modifications partielles intervenues ne sont pas autrement motivées.

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Le chaos redouté n’a pas eu lieu… mais qui vient encore dans le centre-ville ?

En décidant délibérément de se passer d’études d’incidences et de concertation avec les citoyens, la Ville Bruxelles pensait pouvoir imposer un changement dans les comportements des usagers du centre-ville. En dépit de la promesse de parkings supplémentaires pour accéder au plus près du piétonnier, cette manière de procéder à la hussarde aura surtout fait l’effet d’un épouvantail pour bon nombre d’automobilistes qui ont préféré changer de destination plutôt que de changer de moyen de transport. Il est vrai que l’insuffisance de parkings de délestage à l’entrée de Bruxelles conjuguée avec la régression de l’offre de transports en commun vers le centre ne les ont pas encouragés à modifier leurs habitudes.

Globalement moins de voitures, mais davantage de nuisances dans de petites rues

La volonté politique affirmée de diminuer la circulation dans le Pentagone sans gestion adéquate de la signalisation pour préserver le trafic de destination est à l’origine de la baisse du chiffre d’affaires dont se plaignent de nombreux commerçants.

Le report du trafic des boulevards centraux, larges et aérés, vers de petites rues latérales, sinueuses, étroites et rapidement saturées, d’où les gaz d’échappements peinent à s’évacuer, a considérablement dégradé la qualité de vie des riverains et usagers d’un nombre non négligeables de ces rues, essentiellement dans l’Ouest du Pentagone. L’unique station de mesure de la qualité de l’air dans le Pentagone est située à Sainte Catherine (Quai aux Briques). Impossible donc de chiffrer le niveau de pollution de ces rues, d’autant que cette station n’est pas équipée pour mesurer les particules fines.

Multiplication des opérations commerciales et festives
en partenariat avec les sociétés de parkings

Face à ce constat, la Ville est aujourd’hui placée devant le double paradoxe à la fois de tenter de ramener des automobilistes vers le piétonnier et de prendre ainsi le risque d’aggraver un peu plus le trafic des poches de circulation qu’elle a elle-même créées dans les rues latérales et dont elle ne cesse de modifier le tracé. Modifications qui ne font que renforcer le sentiment d’amateurisme et d’improvisation qui se dégage de l’ensemble du projet.

Fin du test ?

Amateurisme, encore ? La Ville détricote son plan de circulation place De Brouckère, boulevard Lemonnier, rue du Midi, à Saint-Géry, toujours sans étude préalable…  Situation exemplative parmi d’autres , dans les quartiers avoisinants : la place du Jardin aux Fleurs devenue semi-piétonne depuis plusieurs années, pour le plus grands bénéfice des riverains, des commerçants et des  écoles situées à proximité. Mais le plan de circulation lié au  plus grand piétonnier d’Europe a rouvert la place au trafic de transit. Pire, les changements à venir, pour tenter de limiter les conséquences néfastes du plan de circulation dans des rues voisines, font craindre aux riverains qu’elle devienne un danger permanent pour leurs enfants. Amateurisme… ou inconscience?

Fin de la saga des parkings supplémentaires ?

Amateurisme toujours? Dix-huit mois après les annonces tonitruantes de parkings jugés « nécessaires », d’appels d’offres tous azimuts, de tergiversations sur l’emplacement du parking des Marolles, aujourd’hui à la Ville, c’est le silence radio. Aux dernières nouvelles, les sociétés de parkings auraient poliment décliné. Une étude d’incidences bien menée aurait épargné tout ce gâchis et probablement conclu qu’avec 8.500 emplacements de parkings publics dans le Pentagone (14.000 en comptant ceux situés sur la petite ceinture), il n’y avait nul besoin d’en construire davantage et qu’il vaudrait mieux mettre (enfin) en place un système de télé-jalonnement, comme cela se fait à peu près dans toutes les grandes villes…

Fin des illusions ?

En annonçant son projet de « plus grand piétonnier d’Europe », la Ville avait parlé de « projet de société » et de « révolution des mentalités ». Dans sa grande majorité, la société civile demande également du changements en faveur d’une cité agréable à vivre pour tous à commencer par ses habitants. Mais la classe politique bruxelloise dans son ensemble, en se bornant à courir derrière des standards internationaux d’une ville formatée pour le tourisme, ne fait qu’entretenir l’illusion déjà dépassée selon laquelle un piétonnier conçu comme une simple zone « attractive » pour le touriste ou accessible aux visiteurs extérieurs, de préférence motorisés, améliorerait la qualité de vie de ses électeurs.

A quand  « a place to live » plutôt que « the place to be » ?

Face à ces déconvenues à répétition, la Platform Pentagone rappelle et revendique la mise en oeuvre d’un réseau de piétonniers adapté prioritairement aux réalités endogènes de Bruxelles, implanté de manière judicieuse dans le tissu urbain, respectueux de l’environnement social, culturel et économique du territoire, comme proposé, par exemple, par le bureau d’études Secchi-Vigano à la région en 2012. La diminution de la pression automobile ne peut se faire que si elle profite à tous. Le « plus grand piétonnier d’Europe », conçu à l’emporte-pièce de manière autoritaire et sans véritable concertation, ne rencontre malheureusement pas les objectifs pourtant partagés par les membres de la Platform et par de nombreux Bruxellois.

Un nouveau projet doit émerger en concertation avec l’ensemble des acteurs concernés, en s’appuyant sur des objectifs partagés, des études objectives étayées par des données transparentes et publiques et une méthodologie claire.

D’autres scénarios sont possibles : dans son communiqué du 25 janvier 2016, la Platform lançait des pistes de réflexion en ce sens.

Yvan Mayeur clame sur les réseaux sociaux que la Ville se mobilise pour la rénovation des tunnels pour permettre l’accessibilité au centre habité en voiture. Dans le même temps, il impose un concentré de 50 hectares sans voiture aux conséquences asphyxiantes pour les habitants et les commerçants : quel paradoxe!


ChartePétitionPage Facebook

 




Recours au Conseil d’Etat

« Il faut décider vite sinon je sais ce qui va se passer. On va être confronté à un tas d’experts et de comités qui vont donner leur avis bien entendu négatif. Sans compter les procédures légales qui sont une vraie partie de plaisir »

Yvan Mayeur, janvier 2014

Rappel du recours déposé, fin janvier 2015, au Conseil d’Etat, contre le piétonnier et le plan de circulation qui l’entoure. Quatre mois après l’entrée en vigueur de la « phase-test » du piétonnier, les motifs de ce recours paraissent plus que jamais d’actualité !

PLAN DE MOBILITÉ DU PENTAGONE :
LA VILLE DE BRUXELLES DOIT RESPECTER LA LOI

Trois associations environnementales bruxelloises, l’ARAU, le BRAL et Inter-Environnement Bruxelles, accompagnées par huit habitants du centre-ville (appuyés par des associations de leurs quartiers respectifs : Rouppe, Béguinage, Vismet, Sainte Catherine, Nouveau Marché aux Grains, Marolles, Notre-Dame-aux-Neiges et Saint Géry), ont introduit un recours au Conseil d’Etat au sujet du nouveau Plan de mobilité du Pentagone de la Ville de Bruxelles.

Nouveau Piétonnier

Rappelons que ce plan a été voté par le Conseil communal le 1er décembre 2014 et qu’il englobe :

  • une zone “confort”(ou zone principalement piétonnière), dont le périmètre est décidé ;
  • un nouveau plan de circulation pour les véhicules à moteur, un nouveau plan pour les transports en commun et des itinéraires cyclistes ;
  • la création de quatre nouveaux parkings souterrains place du Jeu de Balle, place Rouppe, place du Nouveau Marché aux Grains et place de l’Yser ;
  • la création d’une “boucle de desserte” qui ceinturera le piétonnier “pour permettre à tous les véhicules à moteur d’atteindre les parkings à proximité de la zone de confort”.

Pourquoi un recours en annulation au Conseil d’Etat ?

  • Parce que ce nouveau Plan de mobilité induit une modification essentielle du cadre de vie dans le Pentagone et qu’il a été adopté sans étude d’incidences préalable ni enquête publique.
  • Parce que c’est la seule manière de porter devant le Conseil d’Etat le contrôle de légalité d’actes administratifs.
  • Parce que c’est la seule manière qui reste de faire respecter la légalité par les autorités de la Ville de Bruxelles.
  • Parce que les projets de cette importance ne peuvent être adoptés sans être accompagnés des études préparatoires requises par le droit européen et bruxellois.
  • Parce qu’il faut tenir compte le plus tôt possible des incidences sur l’environnement susceptibles d’être générées par les plans et programmes prévus par les pouvoirs publics.

Les habitants, usagers et acteurs économiques directement concernés ont un droit inaliénable à participer à l’élaboration des plans et programmes relatifs à l’environnement dans un cadre transparent et équitable après avoir obtenu toutes les informations nécessaires.

Ils demandent donc : une enquête publique et une évaluation indépendante des incidences de l’ensemble du plan, conformément à la directive européenne 2001/42/CE, et le respect de la loi en cas de plans et programmes qui ont un impact sur l’environnement.

La note juridique à télécharger




« Le Soir » sur le piétonnier : un GPS qui fait fausse route

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Cela faisait belle lurette que je ne le lisais plus. La goutte d’eau en avait été une de ces campagnes de promotion soulignant leur propre vacuité tant elles cherchent à vendre un produit sur des « valeurs » qui ne sont pas les siennes : « Le Soir se lève contre l’inacceptable », « On aura toujours raison de l’ouvrir », « Le Soir, j’y vois clair » ou encore « Le Soir. Je lis donc j’agis »… Quoiqu’il en soit, mon sevrage avait été immédiat et thérapeutique. Mais, par les bonnes grâces d’internet me renvoyant à la figure ce à quoi je tentais d’échapper, je l’ai retrouvé sur ma route et c’est surtout à travers de questions locales que j’ai eu l’occasion de tester son attachement infaillible aux valeurs qu’il affiche : « indépendance, fiabilité, citoyenneté, inspirant dans l’action ».

De l’art de l’esquive

Il y a un an, tout au long de la mobilisation contre le projet de la Ville de Bruxelles de construire un parking sous la place du Jeu de Balle, « Le Soir » avait montré peu d’empressement à couvrir le sujet. Le journal qui revendique être un « GPS dans l’actualité » et aider ses lecteurs à « faire le tri entre ce qui est dérisoire et essentiel », avait sans doute jugé que les 23.336 signataires (en trois semaines) de la pétition contre ce parking menaient un combat dérisoire…

La Ville avait fini par capituler, improvisant le déplacement de son projet sous un immeuble de logements sociaux, à 300 mètres de là, venant ainsi contredire et compliquer l’élaboration de son propre Contrat de quartier au même endroit. « Le Soir » passa sous silence tour à tour l’opposition des habitants, la débâcle des autorités mettant 7 mois à se rendre compte qu’un parking était incompatible avec l’inscription de ce terrain en zone verte, et encore leur « plan C » consistant à construire ce parking sous une gare… sans avoir consulté la SNCB, dont la fin de non recevoir tomba dans les 24h ! Savoir que la Ville procède avec tant d’amateurisme, voilà qui n’intéresse sûrement pas les lecteurs.

« Donner des armes » à ceux-ci pour qu’ils « se fassent leur propre opinion plutôt que de se limiter à leur dire ce qu’ils doivent penser », voilà l’ambition du « Soir ». Qui supposerait en l’occurrence une analyse détaillée et un débat contradictoire sur cette frénésie excavatrice et le programme dans lequel elle s’inscrit : celui de « rendre » aux piétons les boulevards du centre-ville et à la voiture les sous-sols de quatre places et les étroites artères du « mini-ring ». Ce programme — qui à défaut d’une vision cohérente repose sur un accord bancal entre socialistes et libéraux — doit à l’échéance électorale de 2018 son timing infernal et sa phobie des procédures démocratiques, comme le résume le bourgmestre Yvan Mayeur : « Il faut décider vite sinon je sais ce qui va se passer. On va être confronté à un tas d’experts et de comités qui vont donner leur avis bien entendu négatif. Sans compter les procédures légales qui sont une vraie partie de plaisir. »

Le « projet de société » que le bourgmestre est en train d’imposer dépasse largement le cadre de la mobilité : interdiction de manifester des opinions politiques sur les boulevards mais autorisation de happenings commerciaux, privatisation de l’espace public, interdiction de la consommation d’alcool en rue (sauf sur les terrasses), schéma de développement pour « upgrader » l’offre commerciale à destination notamment des touristes chinois, suppression des kiosques à journaux, installation d’écrans publicitaires géants, concession à ClearChannel pour développer l’affichage publicitaire digital sur le parcours du piétonnier, tout-à-l’événementiel, etc. Mais « Le Soir » préfère résumer la complexité de la problématique à une opposition binaire entre « partisans » et « opposants », suggérant que les voix critiques (cyclistes, personnes à mobilité réduite, automobilistes, associatif, patronat, autorités régionales, commerçants, habitants – y compris ceux qui défendent le principe de piétonnier et qui l’avaient initialement revendiqué) n’émaneraient que d’esprits retors, de partisans du tout-à-la-voiture, bref, un concert d’égoïsmes et d’archaïsmes. Cette malhonnêteté éditoriale ne consiste pas seulement à prendre parti pour les projets de la Ville, mais à le faire de manière non assumée, ne donnant la parole qu’à certains, éludant des informations et en fragmentant d’autres…

« Le Soir », quelques raisons de ne plus l’ouvrir…

En octobre, « Le Soir » ouvrait ses colonnes au philosophe et économiste Philippe Van Parijs : celui qui déclarait quelques mois plus tôt que « les habitants ne sont pas propriétaires de la ville » y proposa sa vision enthousiaste du piétonnier, gommant toute complexité, évacuant la question démocratique, réduisant les incidences de ce plan à de menus détails de « software » qui se règleront avec le temps. Une opinion relevant moins de l’analyse circonstanciée d’un membre du milieu académique que du parti-pris hâtif d’un citoyen n’hésitant pas à prendre quelques libertés avec la réalité et avec l’Histoire. Ainsi, évoquer « un retour au projet initial de nos boulevards [qui] ont été conçus à la fin du 19e siècle pour que les Bruxellois puissent flâner sur toute leur largeur, y papoter, y laisser jouer leurs enfants », c’est oublier un peu vite que les voiries étaient alors destinées aux tramways, calèches et charrettes (avant d’être accaparées par l’automobile), tandis que les trottoirs étaient dédiés aux piétons. Et c’est omettre de dire que désormais la Ville complique le cheminement des bus dans le centre et renvoie les voitures vers des artères moyenâgeuses, certainement pas conçues pour l’automobile et où on ne laisserait plus un enfant « flâner » sans masque à gaz.

Le lendemain, le quotidien qui ne renonce à rien pour faire reculer les frontières de l’ignorance et du conformisme réunissait à Mons des penseurs de la question urbaine, comme l’architecte-star Santiago Calatrava (concepteur des gares de Liège et bientôt de Mons) et plusieurs bourgmestres (dont Elio Di Rupo et Yvan Mayeur), pour un remue-méninges de haute volée à la conclusion digne de l’audacieuse « éditorialiste en chef » Béatrice Delvaux : « La ville est un être complexe, multiple, aux enjeux aussi variés que ceux qui y vivent ».

Le surlendemain, le lecteur du « Soir » pouvait ainsi apprécier avec plus de hauteur le compte-rendu de la Commission de concertation relative au piétonnier. Une demi-page signée Pierre Vassart (chef des pages bruxelloises), ne donnant curieusement aucune clef pour comprendre que cette concertation — organisée à l’issue d’une enquête publique menée à contretemps (alors qu’une phase test est en cours pour encore plusieurs mois) et avec pour seul objet à l’aménagement du piétonnier (les bancs, la suppression des bacs à fleurs,…) — ne permettait pas de se prononcer sur la préoccupation essentielle des 200 personnes présentes : celle de la mobilité. Pas un mot sur les nombreuses critiques du plan de mobilité, ni sur la revendication d’organiser une étude d’incidences, ni même sur l’absence d’études préalables — la Ville étant pourtant confrontée actuellement à des recours judiciaires pour ce motif précis. Des 3h30 de débats, le reporter n’a retenu que des paroles « [refusant] en bloc le principe même de piétonnier » ou estimant au contraire « que celui-ci n’allait pas assez loin »… propos qu’il est bien le seul à avoir entendus. Pas étonnant, puisqu’il souligne dans la foulée l’absence à la réunion d’une association qui y était pourtant présente au vu et au su de tous. En réalité, c’est le journaliste du « Soir » qui n’a pas pris la peine d’y pointer son nez et qui tenta de maquiller son absence en donnant la parole au seul échevin de l’Urbanisme.

Ce traitement de complaisance n’a évidemment rien à voir avec la proximité entre certains journalistes et élus. Ni avec le fait que les autorités communales publiaient dans « Le Soir », 15 jours après la concertation, un supplément de 28 pages d’articles non signés vantant les bienfaits de l’annonceur publicitaire de la page d’en face. La palme revenant à l’article « Les parkings, un atout pour le piétonnier bruxellois »… publié en face d’une publicité pour Interparking !

Gwenaël Breës

Article paru dans le n°22 de « Kairos, journal antiproductiviste », novembre 2015-janvier 2016 et publié sur le site bruxxel (sans capitales).

Dessin : Lison De Ridder.




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Pétition

Avec plus d’un millier de signatures papier et 5.000 sur internet, nous sommes aujourd’hui plus de 6.000 citoyens à dire non à ce projet mal pensé et mal préparé en amont, dont les incidences négatives, dénoncées par la Plaform Pentagone depuis plusieurs mois, apparaissent de plus en plus au grand jour depuis sa mise en oeuvre le 29 juin 2015.

Continuez à partager et à faire signer !

Oui à un centre-ville habitable!
Non à un piétonnier mal pensé!

Cette pétition est basée sur la charte signée par de nombreuses associations et comités d’habitants.

Plaisirs hor

 Signez la pétition en cliquant ici ou sur l’image

Téléchargez la version papier de la pétition (recto/verso) et faites-la signer par vos amis, connaissances, collègues,…
Download de papieren versie van de petitie (recto/verso) en laat ze ondertekenen in uw kennissenkring.

infos – inlichtingen : info@platformpentagone.be
Page Facebook

 




Commission de concertation : Quelques interventions

Marie-Anne Swartenbroeckx, juriste indépendante, sur la nécessité et la légitimité de réclamer une étude d’incidences de manière à analyser les impacts du piétonnier sur le périmètre et autour du périmètre de ce dernier. La Commission de concertation n’a pas suivi cette demande et a rendu, vendredi, un « avis favorable à l’unanimité » à la demande de permis d’urbanisme.
(Plus de détails et analyse dans les jours qui viennent, lorsque les documents seront disponibles sur le site de la Ville de Bruxelles)

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René Schoonbrodt, ancien président de l’ARAU et d’Inter-Environnement Bruxelles, sur l’aberration de saucissonner le dossier, la négation de la complexité de la ville, l’interdiction de manifester et de déni de démocratie.

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Valérie Berckmans, commerçante indépendante de la rue Van Artevelde, s’exprimant au nom de 130 commerçants qui ont signé et remis un avis commun à la commission de concertation.

 

 

 

 




Commission de concertation : APPEL A UNE ETUDE D’INCIDENCES

COMMUNIQUE DE PRESSE

Piétonnier de Bruxelles centre

Enquête publique et commission de concertation du mercredi 14 octobre

APPEL A UNE ETUDE D’INCIDENCES

La commission de concertation de Bruxelles-Ville, convoquée le 14 octobre au sujet du piétonnier se déroulera au théâtre du « Grand Casino Brussels Viage », boulevard Anspach 30. En effet, la salle habituelle est trop petite pour accueillir le très grand nombre de personnes qui ont manifesté leur souhait d’être entendues.

Parmi les avis écrits connus, beaucoup témoignent, quartier par quartier, des impacts et des nuisances vécus depuis fin juin autour du piétonnier et du mini-ring. Beaucoup plaident également pour une véritable étude d’incidences, scientifique et objective, qui prenne en compte les réalités des quartiers alentour, en ce compris les réalités sociales et commerciales.

Par ailleurs, la pétition « Non à un piétonnier mal pensé, oui à un centre ville habitable » a obtenu plus de 5.000 signatures (4.765 en ligne et presque 900 sur papier).

La Platform Pentagone demande la révision du plan de circulation et du plan de piétonnisation ainsi qu’une étude d’incidences portant sur l’ensemble du programme du Collège des Bourgmestre et Echevins, sans faux-fuyants.

L’enquête publique aurait pu constituer enfin une occasion de véritable participation de nombreux intéressés sur l’ensemble du programme des autorités de la Ville : habitants, commerçants, usagers, travailleurs, cyclistes, personnes à mobilité réduite, personnes âgées, clients comme habitants,…

Cependant, ce n’est pas le cas car le périmètre des projets soumis à enquête a été volontairement restreint et ne tient pas compte de ses incidences sur notre environnement urbain :

  • Les demandes de permis ne concernent que l’aménagement intérieur du périmètre choisi : partage fonctionnaliste des zones, bancs, arbres, matériaux, lumières, etc.;

  • les rapports d’incidences n’envisagent aucun impact au-delà des murs des boulevards;

  • le plan de circulation entré en vigueur le 29 juin 2015 est entériné alors qu’il est réputé en phase de test jusqu’en mars 2016 et qu’il n’a jamais fait l’objet ni d’une étude d’incidences ni d’une enquête publique;

  • les dossiers sont fractionnés alors que les demandes de permis actuelles et d’autres annoncées (temple de la bière, rénovation du Centre Monnaie, aménagement des stations de prémétro De Brouckère et Bourse, ….. ) ainsi que le plan de circulation font indubitablement partie d’un PROGRAMME GLOBAL de requalification urbaine du Centre-Ville de Bruxelles;

  • les études concernant l’impact sur l’être humain et la santé, la qualité de l’air, le bruit, et l’impact socio-économique sont presque inexistantes; aucune mesure scientifique n’a été réalisée là où c’était possible (comptages de voitures, mesures de bruit et des polluants atmosphériques).

La Platform Pentagone veut rendre davantage d’espace public du centre de notre ville aux piétons et aux cyclistes, mais pas au prix de l’improvisation, du détournement des procédures administratives et de la négation du débat public contradictoire. Elle constate et déplore la dégradation des transports publics, particulièrement en surface, plaide au contraire pour qu’ils soient renforcés et s’oppose à la construction de parkings supplémentaires en l’absence de toute donnée chiffrée. Ce grand projet de ville concerne directement les habitants, commerçants, travailleurs et usagers du centre-ville avant les festivaliers et les touristes qu’on appelle à s’y rendre en masse.

Il existe, pour ce faire, un instrument légal et obligatoire offrant de nombreuses garanties : l’étude d’incidences prévue par le droit européen de l’environnement et par les articles 128 à 141 du Code Bruxellois d’Aménagement du Territoire.

La Platform Pentagone appelle la commission de concertation à recommander au gouvernement de la Région une étude d’incidences accompagnée d’une enquête publique sur l’ensemble de la zone concernée, en ce compris son impact sur la petite ceinture (et non pas seulement sur l’aménagement de la zone piétonne). Cette étude devra aussi étudier des scénarios alternatifs à l’option choisie par la Ville de Bruxelles, celle d’un modèle des années 70 expérimenté ailleurs en Europe et abandonné compte tenu de ses inconvénients.

LA PETITION

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